Salarié-e-s en danger et contrôles totalement insuffisants : l’USCN demande au Conseil d’Etat de tripler les contrôles et d’empêcher toutes réouvertures sans contrôles préalables

Les innombrables téléphones de salarié-e-s du canton ne cessent de démontrer que nombre d’entreprises ou de chantiers encore en activité ne respectent absolument pas les règles de protection édictées par le Conseil fédéral et l’OFSP, mettant en danger les travailleurs/euses et toute la population. Les contrôles sont absolument insuffisants. Ils devraient au moins être triplés à moins de finir par tourner à la triste farce. Les travailleurs/euses des secteurs essentiels doivent également impérativement être mieux protégés. Nous devons absolument éviter que les lieux de travail deviennent des lieux de propagation de l’épidémie, la santé des travailleurs doit primer sur tout !

Alors que le Conseil fédéral demande à toute la population de rester chez elle et interdit tout rassemblement de plus de 5 personnes, des entreprises employant des dizaines ou des centaines de personnes poursuivent leurs activités au péril de la santé de leurs salarié-e-s. Constatant que les consignes de sécurité sont très souvent tout simplement impossibles à appliquer, Unia a demandé il y a 15 jours la fermeture obligatoire de tous les lieux de travail socialement non indispensables, en laissant la possibilité de réouvrir si la preuve est apportée aux autorités que les mesures de protection sont correctement appliquées. Le Conseil d’Etat neuchâtelois a refusé cette manière de faire, argumentant qu’il fallait plutôt insister sur les contrôles et le respect des mesures sanitaires.

Avec du recul, nous ne pouvons que constater les multiples obstacles qui se dressent dans le canton s’agissant des contrôles : si le canton du Jura a mis en place l’effectif nécessaire pour faire face à l’ampleur de la tâche, le canton de Neuchâtel lui n’a pas suivi ce mouvement. En effet, seul l’Office des relations et des conditions de travail (ORCT) a la compétence légale de décider d’une fin des activités pour non-respect des règles sanitaires mais, dans le cas des chantiers, elle ne le fait que sur sollicitation de la Suva. Les forces de la Suva sont incroyablement insuffisantes en comparaison de l’ampleur de la tâche (après renforcement des effectifs, le canton peut compter sur 2,5 contrôleurs). Or à titre de simple exemple, le nombre de dénonciations émanant des travailleurs sur les chantiers neuchâtelois s’est monté en 18 heures à 62 (entre le 23 et le 24 mars) et exclusivement pour les secteurs du bâtiment/artisanat !

Les syndicats et les contrôleurs des partenaires sociaux ont pour leur part effectué de nombreux contrôles, mais sans avoir aucunement la compétence leur permettant d’interrompre des travaux, ni des chantiers, ni des lieux de production ou autres lieux de travail. Plus fondamentalement, on constate que le problème principal des contrôles, notamment sur les chantiers, tient au moment où celui-ci est effectué. En effet, le travail sur les chantiers étant une activité collective, plusieurs tâches ne peuvent simplement pas être exécutées en respectant les consignes de sécurité, notamment en matière de distance sociale. Ainsi, un contrôle effectué à deux moments différents de la journée sur un même chantier pourra révéler des conclusions absolument différentes.

La situation dans les branches indispensables au fonctionnement de la société (soins, énergie, alimentation…) est également plus que préoccupante. Dans le domaine des soins, par exemple, le Conseil fédéral a suspendu le 20 mars pour les hôpitaux les réglementations liées au temps de travail et au temps de repos. Pour combattre cette décision, le SSP a lancé une pétition au plan national qui a récolté 80'000 signatures en moins d’une semaine. Malgré ce fort soutien, le Conseil d’État neuchâtelois a emboîté le pas au Conseil fédéral et demandé aux partenaires sociaux d’imaginer des aménagements allant dans le même sens. Les syndicats s’indignent du mépris total dont font preuve nos autorités fédérales et cantonales concernant la protection de la santé des employé-e-s du secteur sanitaire. Dans la mesure où les salarié-e-s de tous ces secteurs prennent chaque jour des risques élevés, ce sont vers ces branches d’activités que devraient se focaliser les contrôles des mesures de protection. En demandant aux organes de contrôle, déjà en nombre insuffisant, d’intervenir dans les secteurs non essentiels afin de vérifier de manière finalement hasardeuse (au sens où, pour faire exemple, un contrôle effectué sur un lieu de travail délivrera un verdict tout différent selon le moment de la journée), on ne fait que rendre encore plus vulnérables les salarié-e-s des branches essentielles à la vie en société.

Par conséquent, l’Union syndicale cantonale neuchâteloise (USCN) demande donc au Conseil d’Etat de :

  • Tripler ses contrôles sur les lieux de travail
  • Fermer immédiatement les entreprises, lieux de travail et chantiers qui ne respectent pas, même lors de la première visite déjà, les règles sanitaires 
  • N’autoriser la réouverture des entreprises actuellement fermées (qui commencent à songer à reprendre leurs activités) qu’une fois que sera apportée la preuve que les mesures de protection sanitaires sont appliquées
  • Exiger le respect du cadre légal (hors Covid-19) en matière de temps de travail et de temps de repos
  • Permettre aux personnes vulnérables et aux femmes enceintes de rester chez elles si le télétravail n’est pas possible tout en assurant leur salaire à 100% et en interdisant leur licenciement
  • Exiger l’aménagement des horaires de travail pour les parents qui font du télétravail afin d’éviter l’épuisement professionnel

Car comme le disait une signataire de la pétition : on peut relancer une économie mais on ne peut pas ressusciter des morts !